Design
Accessibilité
Publié le 12 février 2026

Rédigé par Maud Dupuis, designer. Polymorphe Design – partenaire d’Atipy, et Adeline Richez, designer.

Dans les musées et les lieux culturels, la scénographie est un puissant allié de la médiation. Elle mobilise les sens, crée des ambiances, soutient le récit et le parcours. Mais lorsque les sollicitations sensorielles sont trop fortes, elles peuvent devenir un frein à la visite, voire un facteur d’exclusion pour certains publics.

La scénographie adoucie s’inscrit dans une démarche d’accessibilité et de conception universelle. Elle vise à réduire les sources de stress, sans appauvrir l’expérience culturelle, et à offrir à chacun la possibilité de visiter dans de bonnes conditions.

Musée de la Marine, Paris

Une démarche pensée pour des publics variés

La scénographie adoucie bénéficie en particulier :

  • aux personnes hypersensorielles
  • aux publics neurodivergents
  • aux personnes ayant des troubles de l’attention ou des troubles psychiques
  • aux personnes sujettes à des phobies
  • aux très jeunes publics

Elle ne s’adresse pas uniquement à des publics identifiés. La sensibilité sensorielle évolue selon les moments, les contextes et les états de fatigue. Concevoir des dispositifs plus doux, c’est améliorer le confort de visite du plus grand nombre.

Identifier les sources de stress dans son exposition

Avant d’agir, il est essentiel d’identifier ce qui peut poser difficulté dans un parcours de visite. Les sources de stress sont souvent liées :

  • aux lumières (trop fortes, trop faibles, contrastes brutaux, flashs)
  • aux sons (volumes élevés, bruits continus, vibrations, acouphènes)
  • à la configuration des lieux (foule, circulation contrainte, sensation d’enfermement)
  • aux contenus (images violentes, thématiques anxiogènes, actualité, catastrophes)

Chaque lieu culturel présente des spécificités.

La question centrale devient alors : Quel élément génère du stress dans notre dispositif actuel ?

Sac sensoriel de la Cité de la gastronomie et du vin

3 leviers pour une scénographie plus douce

La scénographie adoucie repose sur des ajustements progressifs, pensés dès la conception.

1. L’évitement : redonner du choix

Permettre aux visiteurs de ne pas subir un dispositif est fondamental. Cela peut se traduire par :

  • la possibilité d’entrer ou non dans un espace
  • le choix d’activer un contenu (écran, son, odeur)
  • l’utilisation optionnelle de casques audio
  • la mise en place de créneaux de visite plus calmes

Le choix est un facteur majeur de réduction du stress.

Carte sensorielle du Musée Camille Claudel

2. L’atténuation : ajuster les intensités

L’atténuation concerne directement la conception scénographique :

  • limitation des intensités lumineuses et sonores
  • réduction des transitions trop abruptes
  • proposition de contenus alternatifs
  • gestion des flux de visiteurs

Pour les dispositifs multimédias, il est pertinent de prévoir plusieurs modes de diffusion dès le cahier des charges (son coupé, version atténuée, diffusion au casque…). Ces arbitrages sont propres à chaque projet et doivent être pensés au cas par cas.

3. La prévention : préparer et rassurer

Informer les visiteurs en amont permet d’anticiper les difficultés. Parmi les outils efficaces :

  • un plan des sensorialités, indiquant les ambiances lumineuses et sonores
  • des sensory tools bags (casques anti-bruit, objets de régulation sensorielle…)
  • de l’information en amont de la visite
  • une signalétique d’information et de sensibilisation

Ce travail d’anticipation participe pleinement à la médiation culturelle.

Musée de la Marine, salle Snoezelen

La scénographie adoucie : un choix de conception et une volonté d’inclusion

La scénographie adoucie n’est pas une contrainte supplémentaire. C’est une posture de conception inclusive, fondée sur l’écoute des usages, l’observation des publics et le dialogue entre muséographes, scénographes, médiateurs et designers.

Elle invite à se poser une question essentielle : comment rendre une exposition accessible au niveau sensoriel, sans renoncer à sa force narrative et émotionnelle ?

Souvent, ce sont des choix simples, pensés en amont, qui transforment durablement l’expérience de visite.